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#1 30-06-2017 11:13:40

RODANGES
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Poutès et Cogepomi

La prochaine réunion du Cogepomi Loire etc... aura lieu le 13 juillet prochain. Voici la contribution d'un membre du groupe d'appui du Plagepomi (DREAL Centre).

CONTRIBUTION AUX TRAVAUX DU COGEPOMI (Première partie)
Nous sommes tous attachés au saumon de Loire et d’Allier, et un consensus se fait quant à la nécessaire amélioration des conditions de montaison et de dévalaison nécessaires à son avenir. On ne saurait contester le désir des décideurs locaux de voir revenir cette source potentielle de richesse culturelle, touristique et halieutique qu’est le saumon, et leur frustration de ne pas voir réglés les problèmes de continuité écologique, qui sont les éléments les plus pénalisants pour la dernière population survivant actuellement dans l’Allier. Mais avant de prélever des intérêts, il faudrait commencer par avoir un capital pouvant en produire. Or le taux de renouvellement de cette population demeure inférieur à 1 et l’alevinage n’y a rien changé. L’avenir du saumon dépasse les intérêts locaux et concerne avant tout les enjeux de préservation de la biodiversité pour des espèces patrimoniales de première importance au niveau de la planète, s’agissant d’une espèce unique non remplaçable, et celle de l’Allier en est une : génétiquement et écologiquement singulière, avec sa longue migration en eau douce et l’absence de castillons parmi les reproducteurs.
On ne doute pas que des saumons issus de Chanteuges arrivent à revenir sur le Haut-Allier. La question est de savoir si leur descendance éventuelle est viable dès lors qu’ils n’ont pas subi la sélection naturelle durant leur phase de captivité, source d’inadaptation à la vie sauvage. Le Conseil scientifique des poissons migrateurs de la Loire reconnait implicitement qu’il existe sur l’Allier deux populations distinctes, l’une sauvage (souche Allier) et l’autre d’élevage, qu’il faut toujours renouveler. La question est celle de la viabilité de la seconde, indépendamment des risques – reconnus par le C.S. –  qu’elle fait courir à la population sauvage. Si l’alevinage était efficient, on atteindrait depuis plusieurs années déjà le taux de renouvellement de 1, les saumons de retour issus de Chanteuges ayant accès aux mêmes frayères que ceux réellement sauvages. Les études effectuées dans des dizaines de rivières à l’étranger sur des populations de migrateurs ont montré l’absence de viabilité de ce modèle de soutien des effectifs et ont conduit à son abandon au Canada, au Royaume Uni et dans certaines rivières des USA.
Ce n’est donc pas de ‘’soutien d’effectifs’’ dont le saumon de l’Allier a besoin, c’est d’effectifs tout court. D’où l’intérêt de réserver les frayères et les zones de grossissement aux sauvages réels et aux alevins natifs. Aleviner en amont du barrage de Poutès-Monistrol, quel que soit le secteur, c’est de plus perdre la possibilité de mesurer l’apport de la transformation – à défaut d’une disparition qui eut été préférable et bien plus rapide –– du barrage de Poutès-Monistrol par rapport à la situation actuelle, sur le plan de la production de saumons réellement sauvages.
Comme presque toujours en matière de science, il n’y a pas de ‘’preuve absolue’’ de l’inutilité de l’alevinage, et pour l’Allier de sa nocivité potentielle concernant la préservation de la souche. On n’a que des indices provenant d’études assez récentes, mais toutes concordantes (liens en annexe). Elles mettent à bas plus d’un siècle d’un engouement qu’il faut bien reconnaître comme mondial, sur la fabrication de poissons d’élevage.
S’il existait ailleurs que dans le discours des données contraires démontrant des restaurations réussies de populations migratrices sur des cours d’eau quelque part dans le monde à partir de poissons d’élevage, elles seraient connues. Toutefois remettre en question l’utilité de l’alevinage n’est pas pour autant contester les conditions dans lesquelles il est produit. Dans ce domaine la science a beaucoup progressé et les pisciculteurs font preuve d’une compétence indéniable. Ni les conditions sanitaires, ni les ‘’bonnes pratiques’’, ni le fait que les alevins destinés au bassin de la Loire soient produits à partir de géniteurs sauvages de première ou de Xème génération (mais en milieu protégé et sans sélection naturelle), rien de tout cela ne serait à mettre en cause s’il s’agissait de fournir des poissons directement destinés à l’alimentation. Ce qui est contestable, c’est de croire que ce moyen puisse permettre d’augmenter réellement le potentiel de saumons reproducteurs ‘’utiles’’ de l’Allier. Un siècle de pratique de l’alevinage sous toutes ses formes et d’échec constant dans ce domaine, à commencer par la proche cousine du saumon, la truite commune (fario), devraient inciter ses promoteurs à réfléchir. On passera sur les argumentaires masquant des intérêts autres que la conservation du saumon, pour ne s’en tenir qu’à une analyse des faits. Il s’agit de la survie de la population, qui pourrait être définitivement perdue, perte à laquelle l’alevinage pourrait participer grandement. Non seulement le saumon de Loire est une souche unique, mais nous pensons que l’alevinage doit y être considéré comme le sont désormais les essais qui ont eu lieu d’introductions de saumons exogènes déjà utilisés : canadiens, écossais, d’autres bassins français etc… dont il ne reste plus aucune trace. Les ‘’habitudes’’ du monde de la pêche aux lignes, dès le milieu du 20ème siècle, font qu’à chaque fois on a recours à l’alevinage avant toute analyse des facteurs limitants, en ignorant ou même en refoulant d’autres blocages flagrants qui seraient à lever auparavant.
Sur la pêche
Des pêcheurs de saumons, souvent âgés et dont les souvenirs de prises restent vivaces, souhaitent pouvoir à nouveau lancer leurs mouches ou des leurres sur cette magnifique rivière avant d’achever une existence vouée en partie à cette passion. Cela peut se comprendre, et certains, qu’on espère peu nombreux, sacrifieraient bien cette souche unique à leur passion. Mais les arguments qui sont utilisés pour promouvoir la réouverture de la pêche, qu’ils soient naïfs et sincères ou chargés d’arrière-pensées démagogiques, laissent pantois. Comparaison n’est pas raison. Mais puisque l’on fait un parallèle entre le haut-Allier et des rivières à l’étranger, on peut examiner les statistiques de prises sur dix ans des rivières du Royaume Uni. Aucune d’entre elles n’est pourtant comparable à l’axe Loire-Allier, tant pour ce qui est de la longueur - le critère le plus essentiel -, du volume et du nombre d’obstacles, fort peu nombreux lorsqu’il y en a. (Voir annexe). Ce n’est pas du tout le cas de l’Allier.
Sur Poutès
Partant du principe que la reproduction la plus efficiente est la reproduction naturelle, il n’existe qu’une possibilité d’augmenter significativement les effectifs : permettre l’accès libre aux frayères situées à l’amont du barrage de Poutès-Monistrol, seule zone qui soit potentiellement productrice d’une population autosuffisante, en faisant l’hypothèse que tout le monde s’accorderait à reconnaître cette autosuffisance comme étant l’objectif à atteindre sur l’Allier indépendamment de tout autre intérêt. A l’heure actuelle EDF propose des projets d’aménagement dont l’intérêt énergétique apparaît peu évident et le coût élevé. Le projet de ‘’petit barrage’’ à 3,90 m de hauteur de chute (dernière hauteur communiquée) reste en-deca des préconisations du rapport Philippart (2 mètres maximum), et bien trop complexe pour assurer une rentabilité énergétique minimale, en ces temps de baisse continuelle des prix de l’électricité sous l’impact des coûts de production de l’éolien et du solaire. Il semble que EDF soit dans une contradiction majeure : soit le projet présenté est viable en termes de production énergétique et dans ce cas il n’est pas compatible avec les nécessités de franchissement des poissons migrateurs, soit il est compatible mais n’a plus d’intérêt énergétique et économique.
Le plus simple et le plus efficient pour la préservation du saumon et pour tous les acteurs reste donc la suppression totale du barrage de Poutès-Monistrol.
Josselin de Lespinay,
Association nationale pour la protection des eaux et des rivières ANPER
Groupe d’appui du Plagepomi, membre de la Commission des Milieux Naturels Aquatiques de bassin Loire-Bretagne.

Dernière modification par RODANGES (30-06-2017 11:16:41)

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#2 30-06-2017 11:18:01

RODANGES
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Re : Poutès et Cogepomi

Deuxième partie (Annexes)

Annexe
Sur le caractère d’inadaptation des poissons d’élevage
    http://oregonstate.edu/ua/ncs/archives/ … ic-changes
https://www.cbbulletin.com/436113.aspx
http://www.nature.com/ncomms/2016/16021 … 10676.html
http://www.nrcresearchpress.com/doi/abs … cjfas-2015 
http://www.cbbulletin.com/435426.aspx
http://wildfishconservancy.org/what-we- … hatcheries
http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC4848507/


Exemple de gestion de la pêche aux lignes au Royaume-Uni

Sur les rivières où la moyenne de prises est en-dessous du seuil estimé par rapport à leur potentiel, la pêche du saumon est fermée ou bien la remise à l’eau obligatoire (catch and release) est instituée. La courte distance par rapport à la mer permet un bon taux de survie aux saumons relâchés. L’alevinage a peu à peu été abandonné sur les rivières du Royaume-Uni.

Exemples de rivières du Royaume-Uni sur lesquelles des interdictions de captures effectives sont instituées    Moyenne annuelles de captures effectives sur dix années précédentes.
Petite rivière          ANNAN    1575
  Petite rivière          BEAULY    1426
  Rivière moyenne     NITH    3323
  Grande rivière         DEE    5787
  Grande rivière         TAY    9435

On cite fréquemment le cas d’un fleuve côtier islandais, La Ranga, comme exemple de cours d’eau uniquement alimenté par l’alevinage. C’est  un cas d’étude intéressant. En effet les fonds de lave sableuse n’y permettent que très peu de surfaces de frayères. Aussi les personnes qui louent plusieurs rivières du même type pour la pêche commerciale de loisir ont elles eu l’idée de pallier l’absence de frayères par un alevinage massif. Ces fleuves côtiers n’étant en général pas très longs, et pratiquement sans contraintes concernant la qualité de l’eau ou les obstacles, le résultat est suffisant pour assurer la pêche. Sur la Ranga on a l’obligation de tuer les poissons capturés ce qui est logique puisqu’ils n’ont pas d’avenir. Et il n’y a pas de souche « Ranga », les géniteurs provenant des autres cours d’’eau islandais, et donc pouvant être renouvelés sans problème ni risque de dérive génétique. Ce système est-il transposable à l’Allier comme certains voudraient nous le faire croire ? Absolument pas. Dès lors que nous savons que les alevins de pisciculture perdent le caractère réellement sauvage, leur multiplication et l'augmentation de leurs retours, mettant peu à peu en péril l’intégrité génétique des natifs, ferait disparaître la seule souche qui permette... la production des alevins ! Comment produire des alevins de souche Allier, s’il n’y a plus de souche ?
On notera également que de par le monde les rivières qui font l'objet de politiques d’alevinage sont toutes en constat d'échec, que ce soit en Norvège (Vösso par ex) ou outre Atlantique (Penobscot); ou encore la Bundorrhaga (Irlande) empoissonnée massivement pour la pêche sportive (et rapporter au propriétaire d'un lodge historique) et qui a vu disparaître la quasi totalité de son stock sauvage.

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#3 30-06-2017 16:23:35

CLOD37
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Re : Poutès et Cogepomi

Merci Joselin pour cette contribution en forme de mise au point. J'espère beaucoup de réflection autour de ce Message.

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#4 01-07-2017 21:13:33

philippe germain
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Re : Poutès et Cogepomi

merci Rodanges de nous faire partager ta position et ta contribution à ce COGEPOMI, pour avoir discuté  de ce dossier sur ce site mais également en privé, je t'apporte mon soutien sur tous les points que tu exposes et comme clod 37 nous sommes trop peu nombreux à se positionner sur ce dossier qui perdure depuis trop longtemps.
Des études et des constats en France nous sommes des experts pour les réaliser mais il semble qu'en matière de mise en application et de réalisation nous sommes particulièrement laxiste , nous le savons tous la décision est liée à la volonté de certains membres influents d'ONG mais surtout des politiques, et à  la mobilisation et au combat d'associations (FNE ANPER-TOS AIDSA ERB,Bretagne Vivante etc ) à cela j'y crois
Pour la 2ème partie les exemples de gestion pérenne du saumon ne manque pas mais pour qu'ils soient vertueux ils doivent être encadrés par des moyens et une forte adhésion des pêcheurs, nous ne sommes pas prêt de les mobiliser en France exemple du no kill la PALM ds les pays dont nombreux d'entre nous fréquentent et sont respectueux de leurs gestions exemplaires  ils ont développé (passe à migrateurs station de comptage), les choix FNPF choix budgétaire pour les investissements, fiasco pour la mise en application des décisions de rétablissement de la continuité écologique Sée Sélune Allier et bien d'autres,  sur ces dossiers nous devrions nous tourner vers notre nouveau ministre de l'environnement qui devrait être  théoriquement plus vigilant sur des orientations et les choix sociétaux mais surtout avoir une écoute attentive pour les associations environnementales qui composent la scène écologique nationale........................WAIT AND SEE !
cdlt philippe

Dernière modification par philippe germain (07-07-2017 22:27:09)


la sagesse n'attend pas le nombre des années, quand, coulera une rivière pleine de grands saumons nous serons des rois.

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#5 07-07-2017 12:01:52

Pascal
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Re : Poutès et Cogepomi

Bonjour à tous,
pour compléter Rodanges sur "l'inadaptation" des poissons d'élevage une synthèse biblio dispo sur le site de la Native Fish Society:

https://nativefishsociety.org/science/hatcheries

le sujet ne date pas d'hier puisqu'il y a une publi de 1956!!!!

Leur précédent site était beaucoup plus intéressant car il permettait d'avoir accès à toutes les publi classées par thèmes: impacts des piscicultures, impacts sur la génétique, ....

J'en profite aussi pour exprimer une inquiétude car la restauration de la continuité écologique est à la mode; elle est certes indispensable mais pas suffisante. L'effacement ou l'aménagement de Poutès est un élément indispensable mais est-ce que ce sera suffisant si on "oublie" de poursuivre les efforts pour l'amélioration de la qualité de l'eau ....


"Limit your kill, don't kill your limit" Lee Wulff

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#6 07-07-2017 14:03:00

Christian Roulleau
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Re : Poutès et Cogepomi

Pour la qualité de l'eau ! il y a du boulot  cry


Christian

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#7 07-07-2017 18:38:46

RODANGES
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Re : Poutès et Cogepomi

Pascal a écrit :

Bonjour à tous,
pour compléter Rodanges sur "l'inadaptation" des poissons d'élevage une synthèse biblio dispo sur le site de la Native Fish Society:

https://nativefishsociety.org/science/hatcheries

le sujet ne date pas d'hier puisqu'il y a une publi de 1956!!!!

Leur précédent site était beaucoup plus intéressant car il permettait d'avoir accès à toutes les publi classées par thèmes: impacts des piscicultures, impacts sur la génétique, ....

J'en profite aussi pour exprimer une inquiétude car la restauration de la continuité écologique est à la mode; elle est certes indispensable mais pas suffisante. L'effacement ou l'aménagement de Poutès est un élément indispensable mais est-ce que ce sera suffisant si on "oublie" de poursuivre les efforts pour l'amélioration de la qualité de l'eau ....

Merci pour ce lien précieux.
Pour ce qui est de Poutès Aurore Baisez signalait lors d'une réunion que malgré le peu de saumons passant Poutès les alevins qui sont issus des frayères à l'amont du barrage sont plus nombreux et vigoureux par frayère que en-dessous de Poutès et cela malgré la longueur et le peu de courant de la retenue, où à la dévalaison ils sont obligés de nager et la proie de prédateurs. On peut en conclure que la qualité de l'eau de ce secteur est plutôt bonne.

Dernière modification par RODANGES (07-07-2017 18:44:39)

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